Un podcast à deux voix
- sandrine perroud
- il y a 21 heures
- 3 min de lecture

Jusqu’au 31 octobre, vous avez la possibilité de soutenir un projet de podcast nommé « Préférer les chats ». Ce récit revient sur l’enfance de mon père et se veut un témoignage unique sur l’exode rural en Suisse. Alternant les points de vue entre le père et sa fille, le podcast évoque aussi l’expérience du « deuil blanc ». Ce terme désigne la perte progressive d’un proche atteint d’une maladie de la mémoire. Une maladie qui a emporté mon père en 2025.
Le projet a déjà reçu le soutien de la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature et celui d’une fondation privée fribourgeoise. Il sera également diffusé sur une plateforme de Radio Fribourg et sur Radio 40. Nous avons besoin de votre soutien pour compléter le budget du podcast afin de rémunérer les comédien·nes et l’ingénieur du son aux tarifs professionnels et d’assurer la diffusion plus large du podcast auprès d’EMS ou d’institutions liées aux proches aidants.
En contribuant à ce projet de crowdfunding ou en le partageant tout simplement autour de vous, vous rendrez ce projet possible. Un immense merci d’avance pour votre soutien !
-> CROWDFUNDING
Événement à venir :
J’ai le plaisir de participer aux 20 heures de musique de Romont le 19 septembre à 10 h, à la librairie La Rumeur de Romont. A cette occasion, j’aurai la chance de lire des extraits du podcast accompagnée d’un musicien.
Pourquoi un podcast ?
Les écrivaines et écrivains parlent parfois d’une expérience de possession au cours de l’écriture. De personnages dont ils et elles ont du mal à se débarrasser, une fois le livre terminé.
Je suis une personne cartésienne. Après tout, j’ai passé une bonne partie de ma vie à vulgariser des recherches scientifiques aux côtés de personnes dont le cerveau ne répond qu’à la logique et à l’optimisation de processus.
Mais j’ai grandi dans un autre monde. Un monde où les morts ne sont jamais loin des vivants. Où ils nous soufflent à l’oreille des conseils durant la nuit. Un monde où les morts décrochent les tableaux des murs et hantent le sommeil des enfants. Un monde où les morts annoncent leur départ vers l’au-delà en arrêtant les pendules d’une maison.
C’est ce monde-là qui m’a rattrapée, une nuit d’hiver 2019. Dans une station alpine valaisanne, une voix d’enfant a commencé à résonner dans ma tête. Elle tenait absolument à me raconter sa vie, alors que moi, je souhaitais juste me reposer après une journée de ski.
C’est comme ça que j’ai commencé à écrire « Préférer les chats ». Un titre qui s’est imposé comme une évidence cette nuit-là. Bien sûr qu’il s’agissait de l’enfance de mon père. Je la reconnaissais. Mais mon père était encore vivant. Alors, qui me parlait ?
Transmettre la mémoire familiale
Longtemps, je n’ai pas su quoi faire de ce récit. D’autres questions venaient : comment intégrer ma voix à cette voix fantomatique? Avais-je le droit de faire entendre son histoire, de la rendre publique ? Ce manuscrit a connu de nombreux écueils. Alors qu’il était inachevé, j’ai tout de même essayé de le faire imprimer, comme pour m’en débarrasser. Revenir à ce texte me procurait autant de joie que de peine. Une partie de moi n’en pouvait plus.
Puis, lentement, a germé l’idée de restituer l’oralité première de ce récit, tel qu’il m’était apparu. D’essayer de reproduire la tendresse et l’humour de mon père. Lui qui a toujours aimé nous raconter ses souvenirs d’enfance, à ma sœur, à ma mère et à moi. Depuis la nuit des temps, les familles se transmettent leur histoire oralement. Le format du podcast allait reproduire ce rituel ancestral.
Témoignage historique
Après cette nuit hors du temps, j’ai donc poursuivi ce récit. Ajoutant timidement des réflexions sur la trajectoire de mon père et sur ce que sa disparition créait en moi. Lui qui, jour après jour, s’éteignait sous mes yeux. Au fil du temps, la colère a fait place à l’acceptation. Parti d'une voix nocturne, ce récit est devenu un témoignage patrimonial et un journal de deuil qui pourra, je l'espère, accompagner d’autres personnes dans leur cheminement vers l'acceptation.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce récit n’est pas triste. Il parle d’enfance et d’amour. De la tendresse et de la rudesse d’un monde paysan sans compromis. D’un événement historique nouveau : l’exode rural, rendu possible grâce à la généralisation de l’apprentissage. Un choix vécu comme une trahison dans certaines familles paysannes. Mais un choix de liberté, aussi.
Poète, compositeur et écrivain, Nick Cave décrit le deuil d’un proche comme un élan d’amour qui perd sa destination. Un événement qui réorganise tout en nous. Dans ces moments, seul l’art nous permet d’honorer avec joie et reconnaissance la personne disparue. Je crois comprendre ce qu’il veut dire.



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